Governance

L’AMADIP participe au Forum Lisbonne 2012

L’AMADIP participe au Forum Lisbonne 2012

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L’Association Marocaine pour le Développement et la Diplomatie Parallèle (AMADIP) a participé les 3 et 4 décembre 2012 au Forum de Lisbonne 2012 qui avait pour thème «La Saison arabe: du changement aux défis». Il a été organisé dans le cadre du nouveau programme conjoint entre l’Union Européenne et le Conseil de l’Europe «Renforcer la réforme démocratique dans les pays du voisinage méridional», par le CNS, et en partenariat avec l’Alliance des Civilisations des Nations Unies, le Réseau Aga Khan pour le Développement et le Ministère des Affaires Etrangères de Portugal.

L’objectif du Forum était de faire le bilan des changements qui se sont produits depuis le début de la Saison arabe en janvier 2011, en couvrant toute la région méridionale et orientale de la Méditerranée, en particulier le Maroc, la Tunisie, la Jordanie, l’Egypte, mais aussi l’Algérie, le Liban et la Palestine. Quatre ateliers ont traité des questions qui se trouvent au cœur du mandat du Conseil de l’Europe : réformes constitutionnelles et réformes du système de justice ; liberté d’expression ; réformes politiques, y compris la réforme de l’autonomie locale ; droits des femmes.

Le Forum a permis de formuler des propositions pour la rationalisation du programme de réformes dans les pays arabes du sud et de l’est de la Méditerranée, et pour une coopération renforcée avec le Conseil de l’Europe. Le Forum a aussi permis de réunir des parlementaires, des représentants des gouvernements, des autorités locales et régionales, et de la société civile – suivant ainsi le principe de « quadrilogue » qui gouverne le fonctionnement du Centre Nord-Sud. Ce fut une opportunité d’interaction et de mise en réseau pour plus de 200 participants du nord et du sud de la Méditerranée.

Le forum a donné plus d’attention à la situation des femmes et des jeunes. Dans certains cas, les droits des femmes sont menacés alors que l’égalité des genres et le renforcement du rôle des femmes sont essentiels à l’aboutissement des réformes dans la région arabe. Il s’agit là d’une question de légitimité démocratique. Par ailleurs, la situation des jeunes est toute aussi cruciale. Etant donné le pourcentage important de jeunes dans la population, le rôle clef qu’ils ont joué dans les soulèvements populaires, et leur fragilité face au chômage qui les touche, traiter leurs problèmes devrait être une priorité. Dans ce contexte, l’éducation formelle comme l’éducation non-formelle, joue un rôle essentiel pour assurer un changement durable.

Pour ce qui est de la situation dans les différents pays, le Maroc a souvent été cité comme l’exemple d’un pays dans lequel des réformes importantes, comme la réforme de la constitution, ont été entamées en réponse aux demandes de la société. A ce propos, il a été souligné l’importance d’améliorer en même temps la mise en œuvre concrète des principes constitutionnels de participation et de non-discrimination. Par ailleurs, la Tunisie et l’Egypte, où les régimes autoritaires se sont effondrés suite aux soulèvements populaires, traversent toujours des périodes de grande instabilité. Le constat du conflit entre les libéraux-laïques et les islamistes conservateurs a permis de souligner l’importance d’engager un dialogue significatif et permanent afin d’éviter une polarisation, de trouver un modèle respectueux des droits et libertés universels et reconnaissant les particularités religieuses et culturelles de chaque pays. Les minorités doivent pouvoir exprimer leurs inquiétudes, et leurs droits doivent être garantis.

La présence d’une société civile forte et capable d’obtenir des concessions de la part du gouvernement est un atout majeur pour les réformes. En Jordanie, les demandes de réformes formulées par le peuple se mêlent à l’aspiration de maintenir une stabilité politique. La Saison arabe a eu moins d’impact en Algérie, au Liban et en Palestine et en en raison des spécificités de chacun de ces pays. Les gouvernements qui disposent de ressources naturelles riches, comme en Algérie, ont les moyens de minimiser les demandes du peuple, mais des réformes permettant la stabilité à long terme seraient bienvenues.

La situation au Liban est toujours caractérisée par des tensions sectaires. Le drame syrien a des répercussions directes sur la situation de ce pays. La situation en Syrie est marquée par des violations flagrantes des droits de l‘homme. Cela continue de susciter une grande inquiétude qui nécessite un engagement accru de la part de la communauté internationale.

Actuellement, la prolongation du conflit entre Israël et la Palestine continue d’alimenter les tensions et les divisions qui persistent dans la région. Une solution globale prévoyant deux Etats avec des frontières clairement définies devrait être mise en place, impliquant concession et reconnaissance mutuelle ainsi qu’un engagement à respecter les droits des minorités. La décision historique de reconnaître la Palestine en tant qu’Etat observateur non-membre de l’ONU devrait permettre la reprise de négociations sérieuses à court-terme.

Les participants ont insisté sur l’idée que la démocratie doit émaner des pays eux-mêmes, et qu’il est nécessaire d’agir en se basant sur le principe que seul le peuple est détenteur de la démocratie. Le soutien à la démocratie doit être dynamique, flexible, réceptif et contextualisé. Les discussions portant sur les réformes démocratiques doivent respecter la pluralité d’opinions, et accepter les contestations politiques en étant à l’écoute et prêtes à en tenir compte. Il a aussi été souligné que la démocratie n’est pas une fin, et qu’il n’existe pas une voie unique menant à elle.

Lors des soulèvements populaires, les peuples ont demandé dignité, respect, liberté et justice sociale. Les aspirations aux valeurs universelles ont complètement démantelé la fameuse « exception arabe ». Les demandes populaires qui ont été formulées ont montré que les droits socio-économiques, civiques et politiques sont connectés et interdépendants.

Les priorités du processus de réformes nationales comprennent le besoin de conduire des réformes constitutionnelles dans une démarche inclusive, la nécessité de garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire, de respecter les droits et libertés fondamentaux, en particulier la liberté d’expression et de conduire la réforme de l’autonomie locale.

Les discussions ont souligné la nécessité de renforcer le dialogue inclusif dans chaque pays, d’écouter toutes les voix de la société et de prendre en compte les préoccupations de toutes les catégories de la population dans la formulation et la mise en œuvre des réformes. La stabilité et la cohésion sociale ne peuvent être garanties à long terme sans une société forte et inclusive. Les sociétés au sud comme au nord de la Méditerranée sont diverses et dans certains cas divisées. Il est nécessaire de promouvoir davantage la cohésion nationale et sociale, et de rapprocher les opinions radicalement opposées. Le renforcement d’un dialogue solide afin de dépasser les divisions sociales est nécessaire.

« La centralité des droits des femmes dans les transitions démocratiques » (Atelier dont l’AMADIP a participé)

Modérateur : Mme Mbarka Bouaida, Membre du Think Tank du Centre Nord-Sud, Maroc

Rapporteuse : Mme Hoda Badran, Alliance pour les femmes arabes, Egypte

Table ronde :

Mme Latifa Akherbach, Enseignante-chercheure à l’Institut Supérieur de l’information et de Communication, Rabat, Maroc

Mme Hoda Badran, Alliance pour les femmes arabes, Egypte

Mme Farah Barqawi, Mouvement “Le soulèvement des femmes dans le monde arabe” Palestine

Mme Wiem Melki, Femmes unies pour la paix, Tunisie

Abderrazak Morjani, Centre marocain pour l’éducation civique, Maroc

Mme Raja Mrad, Association Tunisienne des Femmes Démocratiques, Tunisie

Mme Karima Rhanem, Présidente de l’Association Marocaine pour le Développement et la Diplomatie Parallèle, Maroc

Malgré des différences importantes et des défis spécifiques, les participants de l’atelier ont observé des développements similaires concernant la situation des femmes dans différents pays de la région, notamment en Egypte et en Tunisie. Le Maroc est une exception que les participants ont perçu comme un cas à part étant donné l’implication du Roi, Mohamed VI, dans l’intégration du principe d’égalité dans la nouvelle constitution.

Les questions concernant les femmes ont souvent été marginalisées lors des soulèvements du Printemps arabe. Cependant, la période suivant les révolutions a témoigné d’une érosion des droits des femmes à travers des interprétations restrictives de l’Islam, avec une influence grandissante de groupes islamistes tels que les Frères Musulmans et les Salafistes, et une sous représentation des femmes dans les assemblées constituantes qui ont produit des constitutions qui ne reconnaissent pas de façon équitable les droits des femmes. D’autre part, les incidents liés à la violence à l’égard des femmes, le harcèlement sexuel ou le mariage forcé des enfants augmentent.

Du côté positif, les participants ont pris note de la mobilisation certaine en faveur de la lutte contre les discriminations et la marginalisation des femmes. Des réseaux régionaux ont été mis en place à cet effet et continuent de s’étendre.

Les principaux défis à relever concernant l’égalité des genres sont les interprétations restrictives de l’Islam, la crise économique actuelle, et l’internalisation des concepts discriminatoires en ce qui concerne les genres et les valeurs par les femmes.

Les recommandations suivantes ont été formulées :

  1. Soutenir les changements des valeurs et des attitudes discriminatoires considérées dans la société comme faisant partie de la culture.
  2. Soutenir le renforcement du mouvement des femmes aux niveaux national et régional.
  3. Soutenir la solidarité entre les genres et les régions (pas seulement entre les femmes, mais aussi en impliquant les hommes, et une solidarité qui s’étend au-delà de la région arabe).
  4. Encourager les pays qui ont ratifié la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes – à ratifier tous les protocoles de la Convention et à s’assurer de la mise en pratique de ses normes juridiques.
  5. Promouvoir l’augmentation de la contribution des pays industrialisés pour le développement et en particulier pour les projets visant à renforcer le rôle des femmes.
  6. Prendre des mesures pour sensibiliser, notamment par le biais des médias, le grand public et les décideurs politiques sur les questions liées aux femmes. La sensibilisation doit viser particulièrement les lois et les règles discriminatoires.
  7. Les droits des femmes doivent être une priorité dans l’agenda de coopération entre l’Europe et les pays arabes, et l’assistance des donateurs devrait tenir compte du besoin de renforcer le rôle des femmes.

Categories: Governance

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