Society

L’association El Yad fi Yad favorise la scolarisation et l’insertion professionnelle des enfants sourds à Salé

Par Karima Rhanem

Salé – La province de salé, situé de l’autre coté de la rive de Bouregreg, à coté de Rabat, capitale du Maroc, compte plus de 650 déficients auditifs qui demeure marginalisés et sans espoir à défaut des classes spécialisées intégrés dans des  écoles ordinaires. Ainsi, les  centres éducatifs équipés par de matériels qui répondent pertinemment aux besoins scolaires des élèves sourds sont très peu nombreux.

L’intégration scolaire des enfants sourds s’aggrave davantage en raison du regard négatif de  la société. Par conséquent, ces personnes passent une bonne partie de leurs temps à traîner dans les rues de Rabat-Salé alors qu’ils ont des compétences et des capacités non valorisées et sous estimées.

Association Yad fi Yad (mains dans la main) qui existe dans la région de Salé depuis 8 ans déploie au quotidien des efforts considérables en matière de scolarisation de cette catégorie sociale. Sa mission principale est  la qualification scolaire et professionnelle des enfants et des jeunes sourds. L’association gère des classes d’intégration scolaires intégrées pour enfants sourds de la première à la sixième année primaire à l’école publique Wad Dahab à Salé. Elle gère aussi des classes spéciales au sein de l’association  au profit des enfants de 7 à 15 ans.

Le matériel orthophonique améliore la prononciation phonétique mais …

La classe d’integration scolaire été bien remplie. Le directeur administratif et éducatif de l’association Yad fi Yad M Mohamed El Bouchikhi, nous a accompagné pour voir le nouveau matériel orthophonique introduit par l’association avec le soutien de Handicap International (HI).

L’éducatrice Aman Fouzia, qui a suivi une formation sur les nouvelles techniques de communication  adaptées  aux enfants sourds, était entrain d’assister une fille de 7 ans, Kanza qui souffre d’un handicap auditif profond.

Kanza connait des difficultés majeurs au niveau des séances de correction auditive. Mais selon son éducatrice Fouzia, elle a progressé depuis l’utilisation du nouveau matériel orthophonique.

« La formation dont j’ai bénéficié m’ a permis d’apprendre aux enfants le langage et la parole de façon structurée et progressive, avec de nouvelles méthodes pédagogiques, » affirme Fouzia.

L’échange entre la petite Kanza et son éducatrice a été très positive. En utilisant le langage des signes, Kenza explique à son éducatrice qu’elle est très contente de faire des efforts pour parler et de se faire comprendre.

« Je suis heureuse de venir ici et j’essaie même de parler avec mes parents à la maison, explique Kenza avec enthousiasme».

Comme dans tout programme intégré, l’association ne se limite pas à l’assistance directe uniquement pour ses bénéficiaires ; elle a aussi  organisé un cycle de formation de perfectionnement en langage de signes pour les parents afin d’améliorer la communication entre les enfants et leurs familles.

L’éducatrice Fouzia a rappelé qu’auparavant, « il y avait beaucoup de problèmes de communication entre les enfants sourds et leurs familles. Mais après ces séances d’initiation au langage des signes, nous avons vu une amélioration accru. »

Naima Taitay, une mère qui est venu chercher de l’aide auprès de l’association a précisé que son fils de 7 ans s’énervait avant quand il voulait quelque chose, et elle ne pouvait pas le comprendre. Néamoins, avec la formation dont elle a bénéficié et les séances de la rééducation auditive que son fils reçoit au sein de l’association, la communication entre mère et fils s’est beaucoup améliorée.

« Maintenant je vois que son état d’esprit est beaucoup plus calme qu’auparavant, ajoute Taiytay qui cherche une aide pour l’achat d’un appareil auditive pour son fils depuis plus qu’une année.

L’engagement des parents favorise l’intégration des enfants sourds et muets

L’assiduité des parents à ces cours et leurs engagements dans le processus de l’intégration de leurs enfants dans la société reste un challenge.

Selon M El Bouchikhi, l’association a déjà trouvé un fond pour acheter des appareils auditifs qui coutent un peu près les 6000 dirhams (550 euros environ). Ils ont déjà distribué une série de ces appareils à plus d’une cinquantaine de bénéficiaires, tout en formant leurs parents sur son utilisation. Néanmoins, M El Bouchikhi reproche aux quelques parents le désengagement vis-à-vis de leurs enfants.

« Nous avons observé plusieurs enfants sans appareils et autres cassés ; comme vous savez ces appareils coutent chers, et nous avons demandé aux parents juste de recharger la batterie qui ne coute que entre 10 et 20 dirhams (1 et 2 euros), mais malheureusement ça n’a pas été fait pour certains, » explique El Bouchikhi qui affirme que s’il n’ya pas un engagement des parents, le projet ne va pas réussir comme on l’espère.

Malgré tous ces efforts déployés par l’association pour favoriser la scolarisation des sourds, ces derniers bénéficieront uniquement des classes adaptés par l’enseignement marocain sans participation inclusive dans les examens, sans diplôme de l’état. Ainsi, beaucoup d’entre eux n’y parviennent pas et c’est la déception et la frustration qui les attend faute de pouvoir poursuivre leurs études.

Certains (une minorité) réussissent fort bien et accèdent aux classes  de l’enseignement public au collège après les cinq années du primaire. Pour les autres, c’est la fin du parcours scolaire et par conséquent ils doivent choisir soit d’intégrer un des ateliers pour apprendre un métier ou de quitter l’école.

Dans cette perspective, Yad fi Yad a monté un atelier informatique et des ateliers de formation professionnelle pour jeunes sourds (coiffure, menuiserie, couture) afin de faciliter leur accès à l’emploi ou à la mise en place d’activités génératrices de revenu. Selon M Mohammed El Bouchiki, l’association a pu intégrer plusieurs jeunes dans le marché du travail. Pour faciliter la communication entre les formateurs et les sourds, Yad fi Yad a employé ses anciens lauréats de la formation professionnelle dans deux ateliers de coiffure et de couture au sein de l’association.

Certainement les enfants sourds nécessitent plus d’attention et un traitement spécial de la part de tout le monde : Etat, famille, association, la rue, et l’école….Privés du mode de communication typiquement humain, ils éprouvent beaucoup de difficultés à organiser leurs pensées, à développer leurs langues, à échanger avec leurs entourages et à accéder au monde des connaissances.

Ils accumulent les sentiments de frustration et d’infériorité devant leurs échecs répétés sur le plan scolaire, social et de communication en attendant celui de l’emploi.

H. Bouchra une autre bénéficiaire des formations en langage des signes et mère d’une fille sourde s’est rendue à l’association non seulement pour diminuer la surdité de sa fille mais pour l’intégrer complètement dans la société. Comme elle a bien précisé « je suis là pour préserver la dignité de ma fille et de la sauver d’un éventuel risque de la rue ».

Categories: Society

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